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La cantine mobile de l’Armée du Salut vient en aide aux jeunes itinérants de Toronto, une nuit à la fois

L’itinérance est une lutte pour la survie. Les dangers sont permanents : coups de chaleur, engelures, malnutrition, troubles psychologiques, infection par VIH, maladies transmises sexuellement, grossesses non désirées, toxicomanie, vol, viol et agression physique.

À la fin de 2009, j’ai fait du bénévolat à bord de la cantine mobile de l’Armée du Salut qui procure des repas aux jeunes itinérants de Toronto et leur vient en aide. Sept soirs par semaine, l’Armée du Salut redonne un peu d’espoir à des jeunes de 16 à 25 ans qui cherchent désespérément de la nourriture, de la compassion et de la compréhension.

Par une fraîche soirée d’octobre, le véhicule doté d’un petit réfrigérateur, d’un four à micro-ondes, d’une cuisinière et de quelques sièges confortables quitte l’entrepôt de l’Armée du Salut, à Scarborough, pour faire trois arrêts, comme à l’ordinaire, au centre-ville de Toronto. À chaque emplacement prévu, des jeunes attendent l’arrivée de la cantine mobile. Selon les préposés à la cantine, il y a à la fois des nouveaux et des habitués.

J’ai rapidement fait connaissance avec Norman, 24 ans. Il distribuait des « high-five » à ses amis qui profitaient déjà de ce qui, pour la plupart d’entre eux, constituait l’unique repas de la journée. Il prenait dans ses bras les préposés à la cantine. Il était évident que c’était un habitué. Il s’est inséré dans le petit coin-repas à l’intérieur du véhicule et a humé un bol de raviolis. Il nous a raconté son histoire.

Depuis près de deux ans, Norman vit dans la rue et dans des refuges. Originaire du Nouveau-Brunswick, il a été obligé de se débrouiller tout seul après le décès de son père. Cette semaine-là, il dormait sur le plancher d’un médiocre logement d’un ami. Il s’est plaint qu’il avait mal au cou. L’équipe de la cantine mobile lui a alors promis de lui procurer un oreiller.

Ensuite, j’ai remarqué John. Il était tranquillement assis, la tête recouverte du capuchon de son kangourou brun. Il m’a salué de la main, ainsi qu’un préposé à l’arrière du véhicule, puis il nous a montré des plaies ouvertes, infectées, sur son ventre et son dos. C’est un symptôme de sevrage de la méthamphétamine, qui est devenue la drogue de prédilection chez les adolescents. Il souffrait intensément, mais il refusait d’aller à l’hôpital. Il voulait seulement qu’on le prenne dans ses bras.

De retour au coin-repas, Ricardo, 19 ans, m’a confié qu’il s’agissait de sa première visite. Un autre itinérant lui avait signalé que la cantine mobile lui offrirait un repas. Il logeait dans un centre d’hébergement depuis trois mois après avoir fui une relation de violence avec son beau-père. C’était un beau jeune homme, à l’allure soignée. Il a retroussé ses manches pour me montrer des brûlures de cigarette sur sa peau. « Il ne m’a jamais aimé », déclare Ricardo.

Après avoir servi des repas et conversé avec plusieurs jeunes, l’équipe de la cantine mobile s’est dirigée vers l’emplacement suivant, tout juste après le secteur « Boys’ Town ». Une des plus importantes populations homosexuelles en Amérique du Nord réside dans ce quartier. C’est là où se tiennent les prostitués. Daniel, grand et très mince, a été un des premiers à prendre place à bord du véhicule. Il s’est trouvé une petite place dans le coin-repas, juste à côté de moi. Âgé de 21 ans, il venait tout juste d’apprendre qu’il était séropositif. Il a été cloué au lit par une maladie pendant quatre jours, mais il a pu rassembler assez d’énergie pour se rendre jusqu’au véhicule. C’était un habitué. Il ne voulait pas manger, seulement trouver un peu d’humanité et rire.

Au moment où nous nous apprêtions à refermer les portes pour nous rendre au dernier emplacement, un jeune homme a crié de la rue : « ‘J’ai tellement mal aux pieds. Avez-vous des chaussures? » « Wow », ai-je pensé. Ces jeunes survivent dans ces rues misérables parce qu’ils ont tous une volonté de vivre. Ils savent qu’à bord de la cantine mobile de l’Armée du Salut, des gens sauront les écouter et se soucier d’eux. La cantine mobile de l’Armée du Salut représente un élément stable dans leur vie, lorsque rien d’autre ne l’est vraiment.

Par Linda Leigh