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Pâques dans la rue


C’était un mercredi soir au refuge Gateway de l’Armée du Salut à Toronto, et pour Dan, notre nouvel aumônier, il s’agissait de sa première célébration du culte à la chapelle. Un homme, que j’appellerai Jacques, assistait à l’office. Nous ne savions rien de lui, sauf qu’il était d’origine africaine, solidement bâti, et qu’il portait des vêtements associés habituellement aux membres des gangs de rue.

À la fin du service, Jacques décida de raconter son histoire à Dan. Jacques gagnait sa vie en vendant de la drogue et en recrutant des strip-teaseuses pour l’un des bars de danseuses les plus connus de Toronto. Il se rendait fréquemment au Brésil pour recruter des filles qu’il ramenait au Canada en leur promettant qu’elles trouveraient la prospérité et le bonheur. Jacques faisait beaucoup d’argent et possédait son propre appartement.

Puis, un jour, pendant qu’il marchait au centre-ville, il emprunta un raccourci qui le mena dans une église. Il entendit quelqu’un qui priait. Cela lui rappela sa dévote grand-mère, et il prit conscience que Dieu lui tendait la main et l’invitait à recevoir son amour. Il accepta immédiatement l’invitation et décida de changer de vie.

Éventuellement, Jacques s’est retrouvé à la rue. Il ne savait pas comment gagner sa vie honnêtement. Il perdit son appartement et aboutit à notre refuge. Mais il savait qu’en Jésus, il avait un ami beaucoup plus précieux que l’argent ou la vie de pacha. Jacques était mort et voilà qu’il était revenu à la vie.

À Pâques, lorsqu’on nous relate encore le récit de la crucifixion et de la résurrection de Jésus d’entre les morts, je pense aux nombreux résidents du refuge qui survivent plutôt que de vivre véritablement. Parfois, certains d’entre eux, comme Jacques, parviennent à se relever lorsqu’ils trouvent et acceptent l’amour curatif et transformateur de Jésus. Je me demande ce que Pâques signifie pour eux?

Dans nos églises, nous écoutons des sermons qui traitent des aspects théologiques complexes de la crucifixion et de la résurrection. Mais nos sans-abri ne recherchent pas ces concepts théologiques, et la compréhension minutieuse de la « crucifixion » et de la « résurrection » offre bien peu de réconfort aux personnes qui vivent dans la rue.

Je veux simplement dire que ces notions théologiques devraient être classées par catégories, un peu à l’exemple d’un garde-manger qui contient différents rangements pour la nourriture. Pour nos amis sans abri, le garde-manger est sans grand intérêt, mais le fait de cuisiner et surtout de manger revêt pour eux une grande importance.

De la même manière, la crucifixion et la résurrection ont pour eux le même intérêt que le garde-manger. Mais en Jésus, ils ont un ami qui est vivant et qui prendra le temps de parler avec eux et de les accompagner dans leur cheminement. C’est ce qui compte le plus pour eux. Ils ne sont pas tant sensibles à la crucifixion qu’à celui qui a été crucifié et qui ne reste jamais sourd aux cris à l’aide. Jésus est essentiel à leur survie et ils apprennent à compter sur lui.

Jacques ne vit plus dans la rue. Il a renoué avec sa mère avec qui il habite. Il continue à s’en remettre totalement à son ami Jésus, qui ne le laissera jamais tomber. Et ça, pour moi, c’est l’essence même de Pâques.
80323qgt/sc