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Des nouvelles de l’Ouganda

Damaris Frick, membre des services d’urgence internationaux de l’Armée du Salut, décrit la situation en Afrique centrale et donne son point de vue sur les secours aux sinistrés.

Ma dernière affectation dans le cadre des services d’urgences du quartier général international m’a emmené en Ouganda. C’est un pays magnifique, somptueusement vert, où les montagnes sont impressionnantes et les gens, souriants. Ce pays a déjà été appelé, à juste titre, la « perle de l’Afrique ». Malheureusement, il a connu des années tragiques.

Je crois que la plupart des gens qui me liront ne connaissent pas la situation qui prévaut actuellement dans cette partie du monde. Cette situation n’est pas nouvelle, mais après deux décennies, elle fait partie des crises oubliées par la communauté internationale.

Pendant 20 ans, la population du nord de l’Ouganda a beaucoup souffert des activités d’une « armée » rebelle qui se donne le nom d’« Armée de résistance du Seigneur ». De nombreuses personnes ont vécu des expériences terribles et se sont réfugiées dans des camps où elles sont restées pendant plusieurs années. Il y a dans ces camps des enfants qui n’ont jamais connu d’autre existence.

Les circonstances qui ont entraîné la situation tragique que vivent les Ougandais sont particulièrement bouleversantes. Depuis 20 ans, des milliers de personnes ont été tuées par les rebelles. L’armée est également accusée d’avoir enlevé plus de 20 000 enfants. Cependant, selon des sources non officielles, ce nombre serait encore plus élevé. Environ 10 000 enfants sont portés disparus, et 1 500 autres seraient toujours détenus par l’armée. De jeunes garçons ont été contraints à devenir soldats, et des jeunes filles ont été « mariées » à des chefs rebelles.

Il y a quelques mois, la situation semblait s’améliorer. Des pourparlers entre les rebelles et le gouvernement ont apporté la paix pendant un certain temps. Même s’il ne s’agissait que d’une trêve fragile, c’était une amélioration qui a donné aux gens la confiance nécessaire pour tenter de retourner chez eux.

Les Nations Unies estiment qu’en 2006, 230 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (PDIP), dans le nord de l’Ouganda, sont retournées dans leur village. Cependant, jusqu’à 1 200 000 personnes sont restées dans des camps ou se sont installées dans des collectivités satellites situées plus près de leur village, ce qui leur offrait une certaine sécurité tout en leur permettant de cultiver la terre.

Au cours des quatre dernières années, l’Armée du Salut a entrepris plusieurs programmes dans 26 camps de personnes déplacées. Ces programmes comprennent principalement des centres de développement des jeunes enfants, des écoles primaires et un centre de formation professionnelle. Les projets qui suivront seront axés sur les villages qui voient revenir leurs habitants.

À la fin de février 2007, nous avons appris une mauvaise nouvelle. Le cessez-le-feu temporaire avait été rompu. Les pourparlers de paix officiels n’ont pas encore donné de résultat. Le retour des personnes déplacées se poursuit, mais l’arrêt des pourparlers aura sûrement pour effet de ralentir le processus.

Dans le cadre de mon travail, je me rends dans les camps quotidiennement. C’est là que j’ai rencontré Alaba Molly, une femme de 38 ans, mère de six enfants. Elle m’a raconté que des soldats rebelles étaient allés dans son village en juin 2003. Ils sont arrivés très tôt le matin. La plupart des gens ont fui, mais les rebelles ont tué 11 personnes et enlevé 21 enfants, dont cinq seulement sont revenus. Les parents des autres enfants ne savent pas si leurs enfants sont encore en vie, ni même où ils se trouvent.

D’autres personnes comme Molly vivent isolées dans les régions rurales de l’Ouganda. Une famille peut vivre dans de petites huttes entourées de terres agricoles et de brousse, loin des voisins. Une famille attaquée par les rebelles ne peut compter sur aucune aide. Les gens ont donc quitté leurs villages pour gagner des centres plus importants. Pendant une longue période, plusieurs milliers de personnes vivaient entassées dans des camps. Des soldats du gouvernement assuraient la protection des camps, et diverses organisations offraient de l’aide aux réfugiés.

Molly et d’autres habitants de son village se sont rendus au centre d’Apalla, qui se trouve à 2,5 kilomètres de leurs habitations, et y ont construit des huttes. Ils y ont vécu pendant plus de trois ans. La famille de Molly retourne maintenant chez elle, mais elle doit d’abord reconstruire ses huttes, qui ont été brûlées par les rebelles.

Pendant les nombreuses heures que j’ai passées à me déplacer entre les divers camps, Jasper, notre chauffeur et traducteur, m’a raconté qu’il avait déjà été capturé par l’armée, lui aussi. Il a fini par s’enfuir, mais pendant les quelques semaines qu’a duré sa captivité, il a été témoin de choses terribles qui l’ont changé à tout jamais.

D’autres enfants et adolescents qui avaient été enlevés ont été forcés à battre à mort, à l’aide de bâtons, ceux qui ne pouvaient plus marcher. Il n’était pas rare qu’on oblige un enfant à tuer un membre de sa famille ou un ami, afin de le lier au groupe. Jasper a ajouté que des parents avaient dû choisir trois de leurs enfants et abandonner les autres. Par la suite, non seulement les rebelles ont pris deux de ces enfants, mais ils ont tué le troisième sous les yeux de ses parents.

Partout où vous allez dans le nord de ce pays magnifique, vous entendez des histoires comme celles-là, qui vous déchirent le cœur.

On pourrait s’attendre à ce que les personnes qui ont vécu des expériences aussi tragiques soient amères, mais, à mon grand étonnement, ce n’est pas ce que j’ai constaté en visitant les camps. J’ai rencontré beaucoup de gens chaleureux et joyeux. Quand on passe sur la route, on peut les voir, en train de reconstruire leurs maisons et leurs huttes près de celles qui ont été brûlées par l’armée, et ils nous envoient joyeusement la main.