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RSSPrésence itinérante familière dans les rues de Toronto, Johnny était un excellent joueur d’échecs qui démontrait une vie spirituelle profonde et des manières bienveillantes

Aux échecs, l’« ouverture » de Johnny était toujours remarquable. Le 18 janvier 2007, dans une chapelle bondée, au deuxième étage d’une hôtellerie pour hommes du centre-ville, le dernier « coup » du gentleman itinérant joueur d’échecs fut tout aussi impressionnant.
Le 27 décembre précédent, Johnny – une présence itinérante familière au centre-ville – avait été trouvé mort dans une maison de chambres de George Street. Il est probablement mort seul, de causes naturelles (selon ses amis), à un moment ou un autre de la période des Fêtes. Les amis de Johnny affirment que celui-ci n’a jamais fait usage de drogues ni d’alcool, ni même de tabac.
Johnny, un immigrant d’origine jamaïcaine âgé de 44 ans, ne vivait sous un vrai toit que depuis l’année précédente. Peut-être sentait-il que son corps avait besoin de protection contre les éléments hostiles.
En effet, d’aussi longtemps qu’on se souvienne –une décennie entière – Johnny avait vécu dans la rue et dormi dans des fossés. Il ne voulait pas profiter du refuge Gateway de l’Armée du Salut, où a eu lieu son service commémoratif. Il préférait se fabriquer un refuge en creusant un trou qu’il tapissait de morceaux de carton.
DES TRESSES RASTAS DÉFRAÎCHIES
Johnny ne s’est plaint qu’une seule fois de n’avoir aucun domicile – et encore, c’était parce qu’un raton laveur avait découvert son sac de couchage et en avait fait un nid pour ses petits.
Avec ses tresses rastas et ses vêtements usés, Johnny pouvait offrir aux regards extérieurs l’apparence d’un simple pion sur le grand échiquier. Mais l’étranger de passage a souvent tendance à sous-évaluer le jeu et les joueurs. Tout le monde l’appelait simplement Johnny, mais son véritable nom était beaucoup plus noble : Aston Romance.
Il fabriquait souvent lui-même ses échiquiers à partir de matériaux mis au rebut.
« La seule chance que j’avais de le battre aux échecs, c’était de dépasser son ouverture » se rappelle le pasteur Ron Farr, aumônier du refuge Gateway, qui considérait Johnny comme un ami intime et précieux.
Johnny avait fondé au refuge Gateway un club d’échecs composé en grande partie d’hommes semblables à lui. Il jouait également, de jour comme de nuit, dans les parcs du quartier ou à l’ombre de l’une des plus grandes églises du centre-ville.
S’il était confiant en ses capacités aux échecs, il l’était tout autant en ce qui a trait aux intentions de Dieu. Johnny avait une vie spirituelle riche, et le milieu dans lequel il vivait n’en avait pas fait un homme dur.
« Ceux qui le rencontraient pouvaient le juger défavorablement, à moins qu’ils le regardent dans les yeux – il y avait là quelque chose de tendre », raconte le pasteur Farr.
Jamais Johnny n’avait paru malheureux de la place qu’il occupait dans le monde.
Un de ses amis se rappelle que, juste avant sa mort, Johnny avait passé une soirée, non pas à jouer aux échecs comme il adorait le faire, mais à trier ses dessins. Cet ami se demande maintenant s’il est possible qu’un homme pressente sa propre mort.
Hier, au service commémoratif, se trouvaient de nombreux amis de Johnny venus de la rue et du groupe des joueurs d’échecs du quartier.
UN VISAGE FAMILIER
Une femme a raconté que chaque fois qu’elle sortait d’une semaine d’abus de cocaïne et d’alcool, elle partait à la recherche du visage familier de Johnny.
Un homme, dont les larmes coulaient sur sa barbe épaisse, a dit qu’il voyait le visage de Dieu dans celui de Johnny.
Tan Nguyen, un des meilleurs amis et compagnons d’échecs de Johnny, a raconté : « Je me souviens d’une journée chaude et humide où nous avons joué aux échecs dans un parc. Johnny a trouvé une façon de combattre la chaleur. Il a ouvert un sac de croûtes de pain et s’est mis à en lancer aux pigeons. » En battant des ailes au-dessus des joueurs, les oiseaux avaient fourni la ventilation.
Le service de Johnny a été ponctué de chansons de Bob Marley et d’hymnes religieux anciens. La pièce était remplie d’amis qui pleuraient une grande perte.
Cependant, Johnny ne s’éloignera pas beaucoup loin d’eux.
Dans la pièce où se réunit le club d’échecs, se trouve une armoire où reposent les cendres d’hommes comme Johnny. « Je crois que c’est là qu’il va terminer son voyage », dit le pasteur Farr.
Pour ceux qui ont aimé une partie importante mais négligée de la ville, cela semble tout naturel.
Thane Burnett
Reproduit avec la permission de Sun Media Corporation
Illustration : photo par Ernest Doroszuk, Sun Media Corp
Raymond Latulippe assiste en pleurant au service commémoratif de son ami Johnny, dont la photo apparaît à droite. Leur amitié a duré dix ans.
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